Animatrice bénévole en E.H.P.A.D. : mes motivation, éthique et valeurs
Par Sylvie STIEVENARD le vendredi 8 février 2008, 15:40 - Expériences bénévoles - Lien permanent
Bénévole animatrice auprès de personnes âgées en Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes pose questions : quelles sont les raisons qui m'ont poussée vers ce public ? Pourquoi s'investir ? Voici un extrait du projet d'animation intergénérationnel que j'ai mené en 2005 et dans lequel j'expose mes motivation, éthique et valeurs.
"La vieillesse est partiellement difficile à assumer parce que nous l'avions considérée comme une espèce étrangère : moi je suis devenue une autre alors que je demeure moi-même" - Simone de Beauvoir -
Vieillir, c'est aussi continuer à vivre, à se construire et à évoluer. C'est l'ultime chance de se trouver, trouver un sens à son histoire, l'achever et être l'acteur de son parcours jusqu'à son terme, même si la maladie, en particulier, la maladie d'Alzheimer, altère une partie des fonctions intellectuelles et de communication, même si des troubles de comportement viennent perturber les relations avec les autres.
Le corps se modifie, la peau se ride, le dos se courbe, les gestes sont plus lents, la démarche hésitante, la maladie physique et psychique contribue à la transformation de la personne âgée, elle devient autre pour elle-même et aux regards des autres. Pourtant, au plus profond d'elle-même, elle se sent toujours la même.
Mon rôle est de contribuer à ce que la personne âgée reste elle-même à son propre regard et aux regards des autres, qu'elle ne soit plus considérée comme une personne malade, dépendante, mais comme une personne à part entière, qui puisse encore développer ses capacités, qui puisse encore exprimer ses envies, ses désirs. Je dois pouvoir contribuer au "mieux-être" de la personne âgée.
Ainsi, je révèle la dignité de la personne âgée, même en grand dépendance, la préserve et la fait respecter. Au-delà des soins qui prennent une place importante dans les établissements médicalisés, la personne âgée à besoin d'être respectée et reconnue comme un être à part entière avec des droits et des devoirs. Vivre en institution ne signifie pas seulement recevoir des soins. Ce n'est pas une fin en soi, un renoncement, il s'agit de continuer sa vie dans un milieu collectif, certes, mais qui doit autant que possible se rapprocher de la vie en société.
Cette dignité est respectée par le vouvoiement, l'interpellation de la personne âgée par son nom patronymique, la capacité d'accepter la personne telle qu'elle est, quels que soient ses handicaps physiques ou psychiques, la capacité de respecter ses croyances, ses idées, ses origines sociales et professionnelles. Une personne, toute désorientée qu'elle soit, toute démente qu'elle soit, a eu un jour 20 ans, a exercé une activité professionnelle, a peut-être fondé une famille, élevé des enfants. Elle a eu un rôle dans notre société. Elle a été ce que nous sommes aujourd'hui. Et, peut-être demain, serons-nous à sa place ? Pour les plus âgées, elles ont connu la Seconde Guerre Mondiale, l'industrialisation, le droit de vote pour les femmes, les premiers congés payés, la libération de la femme, elles sont riches de leurs histoires, de leurs expériences, de leurs joies et de leurs peines.
L'écoute, qui est mon premier geste de communication vers la personne âgée que je rencontre pour la première fois, va se transformer au fil des jours, des semaines, en échange. Un lien de confiance va s'instaurer et me permettre de connaître de mieux en mieux la personne âgée et de lui proposer des activités en adéquation avec ses besoins, capacités et envies.
L'animation de groupe que je pratique relève de l'Education Populaire. Elle permet de réunir des personnes afin qu'elles puissent partager, échanger des savoirs, évoquer des souvenirs, s'exprimer et exister en tant qu'individus responsables, autonomes et actifs dans la limite de leurs handicaps, de leurs maladies. Je pense qu'il est grand temps d'ouvrir sur l'extérieur des établissements qui aujourd'hui font encore peur, que certains appellent encore "mouroirs", qu'il est de mon devoir de faire prendre conscience au plus grand nombre, petits et grands, que les personnes âgées n'entrent pas en maison de retraire pour se cacher et pour mourir, mais bien pour continuer leur chemin de vie, dans la dignité et le respect de leur identité, et rester jusqu'à leur dernier souffle des citoyens à part entière.
Benigno Caceres a défini l'Education Populaire comme étant, je cite, "un ensemble des moyens qui permettent de donner à tous les hommes l'instruction et la formation nécessaires, afin qu'ils deviennent des citoyens aptes à participer activement à la vie du pays.".
Je me permettrai d'adapter cette définition de l'Education Populaire aux personnes âgées en maison de retraite : "un ensemble de moyens qui permettent de donner à tous les hommes âgés la possibilité d'apprendre, de transmettre des valeurs, des savoirs, de témoigner de leur histoire, afin qu'ils restent jusqu'à leur mort des citoyens aptes à participer à la vie du pays.".








Commentaires
C'est un très beau billet, et un beau projet. Si nous pouvions regarder chacun de la façon dont tu décris ce rapport à l'âge, le quotidien serait sans doute différent pour tous.
Sylvie, j'ai oublié une chose: si tu ne le connais pas, tu devrais faire un tour sur le blog emploi de "au fil de la vie" (http://aufildelavie.blog.sudouestjo...); je pense que vous avez des choses à échanger.
A bientôt
Redonner la lumière aux personnes âgées en somme...je trouve la vision de ce projet, empreint de valeurs que malheureusement on oublie de plus en plus, extraordinaire de cœur et d'esprit, la vie est précieuse du départ jusqu'à la fin, autant la rendre belle pour l'éternité...
Bonjour,
Votre parcours et vos compétences m'intéressent beaucoup.
Mais je ne suis pas en mesure de vous proposer un poste (désolée). Toutefois, je vous propose de contribuer au développement d'un des projets sur lesquels je travaille actuellement : le montage d'une équipe d'animateurs et d'artistes professionnels (acteur, clown) ayant l'habitude d'intervenir auprès des publics de personnes âgées et /ou handicapées.Nous avons aussi des pédagogues, médecins , éducateurs, ergothérapeutes qui nous entourent.
Nous sommes déjà plusieurs, pour l'instant en région parisienne. Il existe un besoin important dans les établissements mais peut-être, aussi, des débouchés dans d'autres types de structure accueillant temporairement des publics moins dépendants que ceux des EHPAD. Je suis en relation étroite avec plusieurs opérateurs importants gestionnaires d'EHPAD ( Korian, Orpéa, jardins de Cybèle etc..).
Si nous vérifions qu'il y a assez de débouchés, je souhaite monter une entreprise.
Merci de me confirmer votre intérêt potentiel (ou non). Pour information : l'éthique et le respect de la dignité de la personne nous guide collectivement et individuellement.
Cordialement
Stéphane Graëlls