J'ai travaillé auprès d'une population fragilisée, très dépendante (maladie d'Alzheimer, démences déambulatoires ou détériorations mentales) et pour beaucoup souffrant d'isolement de par leur situation familiale (célibataires, veufs, veuves, abandon familial). En 2005, la moyenne d'âge, sur une population de 80 résidents, était de 79 ans, 82 ans pour les femmes, 74 ans pour les hommes. Deux catégories de personnes étaient alors accueillies : des personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer ou de pathologies approchantes et des personnes provenant d'Etablissements Publics de Santé Mentale (E.P.S.M.) dont l'état psychiatrique était stabilisé. 20 % d'entre elles avaient perdu leur autonomie mentale, corporelle, locomotrice et sociale, 45 % étaient totalement dépendantes physiquement, mais avaient conservé leurs fonctions mentales ou inversement avaient conservé leurs facultés locomotrices, mais présentaient des démences déambulatoires ou des détériorations mentales.

 

En tenant compte des particularités de ce public, de ses besoins et attentes, j'ai mis en place et encadré les activités suivantes :

  • Expression-communication : chants, lecture du journal, atelier poésies, jeux de société.
  • Mémoire : jeu de nombres, jeu de ballon-mémoire, jeu de lettres, jeu des odeurs.
  • Mémoire-expression : écriture de la recette de la pâte à crèpe.
  • Arts plastiques : tricot, confection de chapeaux pour le carnaval, décoration de l'établissement pour Pâques (décor de table) et le printemps (tulipes en carton coloré collées sur des fenêtres, peinture).
  • Domestique : pliage du linge, cuisine (confection d'une salade de fruits).
  • Socio-culturelle : sorties à la bibliothèque municipale, une journée dans l'Audomarois.
  • Festive : après-midi carnaval avec dégustation de crèpes.
  • Ergonomie : conception d'un jeu de cartes avec des nombres.

Certaines activités étaient proposées toutes les semaines ou tous les quinze jours comme le chant, les activités arts plastiques et les activités mémoire.

 

Mon propos n'est pas de décrire dans le détail l'ensemble des activités citées ci-dessus, ni d'en dressser le bilan. Cependant, je ne résiste pas au plaisir de détailler l'activité tricot au cours de laquelle j'avais constaté des progrès significatifs pour les personnes âgées.

L'objectif opérationnel était de tricoter des carrés de 10 x 10 cm afin de réaliser un cube qui servirait à créer un jeu de quilles d'intérieur.

Les objectifs généraux de la première séance avaient été en partie atteints :

  • Socialisation, favoriser les rapports sociaux entre les résidents : les participants ont discuté ensemble.
  • Communication : des questions ont été posées sur le but de l'activité, des demandes d'aide ont été formulées, des avis sur le choix des couleurs ont été apportés.
  • Travail de la mémoire : des personnes âgées se sont souvenues des points à réaliser. D'autres, après réapprentissage, ont mémorisé le travail à réaliser.
  • Concentration : les personnes âgées ont montré leur capacité à rester assises et à tricoter pendant une heure.
  • Augmentation de l'estime de soi : elles étaient satisfaites d'avoir réalisé le tricot elles-mêmes.
Le plus beau témoignage est celui d'une dame atteinte de la maladie d'Alzheimer, dont le discours était souvent incohérent, qui à l'issue de l'activité et après réapprentissage du tricot, m'avait confié avec un sourire radieux : "Je suis fière car je me rends compte que je suis encore capable de faire quelque chose avec mes mains.".

 

Une activité simple, facile à mettre en oeuvre, peut améliorer incontestablement la qualité de vie de la personne âgée, créer des moments de plaisir, la sortir de l'isolement, lui donner à nouveau confiance en elle-même.