Contrat aidé : réel outil d'insertion sociale et professionnelle ou accélérateur de la baisse des salaires et de la précarité ?
Par Sylvie STIEVENARD le mardi 11 décembre 2007, 10:03 - Emploi - Lien permanent
Communément appelé contrat aidé, le Contrat d'Accompagnement dans l'Emploi (CAE) a pour objectif de faciliter l'insertion professionnelle des personnes sans emploi rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières d'accès à l'emploi. Qu'en est-il de l'usage de ce contrat ? Pourquoi le propose t-on à des personnes qui ne sont pas en difficultés sociales ni professionnelles ?
Définition du Contrat d'Accompagnement dans l'Emploi (CAE)
Le CAE est un contrat de droit privé à durée déterminée de 6 mois minimum et de 24 mois au maximum. Signé pour une durée de 6 mois, il est renouvelable 2 fois. La durée minimale de travail est de 20 heures par semaine rémunérées au SMIC.
Les employeurs du secteur non marchand peuvent bénéficier de ce contrat : collectivités territoriales, organismes de droit privé à but non lucratif (associations, comités d'entreprise, syndicats professionnels...), personnes morales de droit public (établissements publics nationaux administratifs ou industriels et commerciaux...), personnes morales de droit privé chargées de la gestion d'un service public (sociétés HLM...). En contre-partie, les employeurs perçoivent une aide de l'Etat qui ne peut excéder 95 % du taux brut du SMIC horaire.
Les "bénéficiaires" sont des demandeurs d'emploi inscrits à l'ANPE depuis plus d'un an et rencontrant des difficultés sociales et professionnelles. Une convention, signée entre l'employeur et l'ANPE, fixe les modalités d'orientation et d'accompagnement professionnel du "bénéficiaire" et prévoit la formation professionnelle, la validation des acquis de l'expérience dans le cadre du projet professionnel du "bénéficiaire".
Pour en savoir plus, "site du Ministère du Travail, des Relations Sociales et de la Solidarité".
L'usage de ce contrat sur le terrain
Lors de mes activités bénévoles en 2004 et 2005, j'ai pu observer l'utilisation des contrats aidés dans un établissement privé à but non lucratif. J'ai compté 6 personnes à l'époque en CES (Contrat Emploi Solidarité), l'ancêtre du CAE. Elles ont travaillé pendant deux ans dans cet établissement à mi-temps dans l'espoir d'une embauche définitive, la direction leur faisant miroiter cette éventualité de façon à ce qu'elles restent motivées et efficaces dans leur travail. Femmes âgées de 20 à 50 ans, aucune n'a été embauchée à la fin de leur contrat.
Je ne jette pas la pierre à l'employeur, souvent confronté à un manque cruel de budget, qui aurait bien tort de ne pas utiliser un système qui ne lui coûte presque rien. Mais, dès lors, que le contrat aidé est défini comme un contrat d'accompagnement vers l'emploi, comment peut-on autoriser un employeur à remplacer un contrat aidé par un autre contrat aidé ? Alors que le salarié précédent fournissait un travail de qualité.
Quel bénéfice pour le salarié qui se voit retourner à la case départ. Bien sûr, il aura travaillé pendant deux ans, mais à quel prix ? Payé au SMIC, 20 heures par semaine (8,44 € brut au 1er juilllet 2006, ), comment peut-il s'en sortir ? Il est fort à parier que ce salarié repartira dans la spirale des contrats aidés.
Sûrement que ce système a permis à des personnes de s'insérer définitivement dans le monde du travail. Mais combien sont-ils ? Existe-t-il un bilan fiable à ce sujet ?
Bilan du CAE
La Direction de l'Animation et de la Recherche des Etudes et des Statistiques (DARES) a publié en septembre 2006 une étude précisant que 247 000 personnes ont bénéficié en 2005 des nouveaux contrats aidés. Le CAE concerne plus de la moitié de ces personnes. Un CAE sur 3 est établi pour un jeune de moins de 26 ans, 67 % des bénéficiaires du CAE sont des femmes, 65 % ont une formation inférieure ou équivalente au CAP-BEP. Vous trouverez plus de détails sur le site de "Vie publique". A noter que les régions dans lesquelles sont signés le plus de CAE sont le Limousin, le Poitou-Charente et le Nord-Pas-de-Calais.
Récemment, l'ANPE m'a adressé une proposition de CAE. Pourquoi ?
J'ai relu plusieurs fois l'annonce, le poste proposé : "Aide à la scolarisation d'élèves handicapés" dans l'enseignement primaire ne correspond pas à mes qualifications et compétences. La formation demandée : BEP ou CAP "Santé secteur sanitaire" ou "Petite enfance" ne correspond en rien à ma formation.
Alors, pourquoi m'avoir adressé cette proposition ? Parce qu'il s'agit d'un CAE d'une durée déterminée de 7 mois et que je réponds à un seul critère : je suis âgée de plus de 26 ans et inscrite à l'ANPE depuis plus de 24 mois.
Pourtant, je ne me sens pas concernée par le CAE. Je ne rencontre pas de difficultés sociales et professionnelles particulières d'accès à l'emploi. Certes, les périodes de chômage sont longues. Cependant, j'ai travaillé en 2006 et 2007. Les difficultés que je rencontre sont directement liées à la conjoncture économique, à mon âge, mon sexe, ma situation familiale, au secteur géographique dans lequel je recherche un emploi, etc.
Après plus de 15 années d'expérience professionnelle, des diplômes, des compétences qui ne sont plus à démontrer, faudrait-il que je me brade sur le marché de l'emploi ? Faudrait-il que j'accepte la précarité, que j'accepte de travailler 20 heures par semaine au SMIC (168,80 € brut par semaine, soit 132,60 € net) ?
Pour moi, cette proposition de l'ANPE est l'avoeu de son impuissance à m'aider à retrouver un emploi et, par conséquent, un accélérateur de la baisse des salaires et de la précarité.
Votre témoignage m'intéresse. Ce billet est le reflet de ce que j'ai pu observer, de ce que je vis. Peut-être que dans certaines situations, le contrat aidé a été un réel outil d'insertion sociale et professionnelle ?


Commentaires
Ton billet est particulièrement interessant. J'ai en effet connu quelqu'un qui a été 2 ans en CES, ne s'est pas fait embaucher (remplacé par un autre CES) et est resté plus de 3 ans au chômage par la suite. Il a en suite bénéficié d'un autre contrat aidé dans une branche totalement différente ...
Je pense que la multiplication des contrats sert juste à embrouiller juristes, employés et patrons. Ils sont un simulacre d'actions politiques pour enrayer le chômage. Je n'ai pas de solution à ce sujet, mais force est de constater que "les contrats aidés" n'en sont pas une non plus ...
Les contrats aidés servent souvent à encourager l'embauche dans des petites structures (PME mais surtout associations). Tu as raison de dire qu'il y a un effet pervers (une partie du salaire est pris en charge par l'Etat et l'employeur ne va jamais au-delà du Smic). La France est un peu le laboratoire des contrats aidés avec une multitude de formules qui ne facilitent pas les démarches des employeurs et qui n'aident pas non plus à la réinsertion. Comme le dit Valériane c'est un peu, je pense, une manière de faire baisser les chiffres du chômage sans vision politique à long terme. Ces emplois aidés ont tout de même un avantage pour les associations qui ne pourraient absolument pas embaucher sans eux. Le problème se pose en ce moment avec le gel de tous les contrats aidés. (http://redaction.blog.regionsjob.co...)
Auparavant il y avait d'autres formules de contrats aidés qui prévoyaient une période de formation, cela justifiait un peu plus l'aide de l'Etat et permettait à la personne recrutée d'apprendre un nouveau métier. Mais aujourd'hui, c'est fini. Je pense que l'Anpe propose (proposait) quasi-systématiquement les CAE aux demandeurs d'emploi inscrits depuis plus d'un an quelle que soit leur expérience, formation ou profil. C'est bien leur genre. Alors oui je suis d'accord avec toi les contrats aidés participent à la précarité et à la baisses des salaires. Ces deux questions sont étroitement liées. Normalement la précarité doit être compensée par un meilleur salaire (le prix du risque), c'est le contraire qui se passe. D'ailleurs si on regarde les derniers contrats aidés d'un nouveau genre qui ont été récemment créés, ils sont tous précaires : le CPE (paix à son âme), le CNE lui aussi moribond (deux ans de période d'essai !) et le fameux CDD sénior, déjà mort-né...
Liberté, égalité, précarité !
Bonjour,
Très intéressant ce blog et je le recommande.
Le constat est "saisissant de tristesse" mais allons plus avant :
Efffectivement (je connais quelques cas) les formations, en adéquation avec le projet professionnel sont rarement présentes, alors :
Quels moyens existent-ils d'amener l'employeur et l' ANPE" tout autant à honorer ce qui est avant tout un contrat d'insertion.
Cordialement
S.M