La semaine dernière, j'ai découvert dans ma boîte aux lettres Outlook un message publicitaire d'un site proposant des annonces de recrutement, Keljob pour ne pas le citer, intitulé "Pour ne pas en arriver là..." avec pour visuel une rubrique "Demande d'emplois" d'un journal et un effet loupe sur l'annonce suivante : "Homme bricoleur tout genre rech. heures de babysitting, secrétariat ou ménage. Tél...". Fin de l'annonce "Suivez les conseils de Keljob pour votre recherche d'emploi !".

Cette annonce m'a accrochée, plus précisément interpellée. Alors, me direz-vous, elle a fait mouche, c'est une annonce de publicité bien réalisée, il ne reste plus qu'à s'inscrire sur le site.

Certes..., seulement je suis déjà inscrite sur ce site dont je reçois tous les jours les annonces de recrutement, le ciblage serait donc à revoir. Ce qui m'a interpellée, c'est l'accroche d'appel "Pour ne pas en arriver là..." et le visuel avec la demande d'emploi "Homme bricoleur tout genre rech. heures de babysitting, secrétariat ou ménage." Je ne peux pas rester indifférente à ce texte dans le contexte actuel du marché de l'emploi.

Alors, comment interpréter cette annonce ?

La prendre au second degré, sourire, se dire qu'on n'est pas dans ce cas-là et en un clic supprimer le message. Voilà, aussitôt lue, aussitôt oubliée.

Seulement, voilà, je l'ai déchiffrée au premier degré, car j'ai l'impression que certains mots "bricoleur", "babysitting", "secrétariat", "ménage" stigmatisent certains métiers et toute une catégorie de personnes qui galèrent pour s'en sortir. Car, aujourd'hui, lorsqu'il faut se loger, nourrir une famille, faire face aux dépenses incontournables et de plus en plus onéreuses, certains n'ont pas d'autres choix que d'accepter des petits boulots pour, vaille que vaille, survivre. Je reçois souvent dans ma boîte aux lettres des petits feuillets de personnes proposant leurs services pour des travaux de jardinage ou des petites réparations dans la maison avec pour mode de paiement le CESU. Je connais de bons bricoleurs, que l'on appelle agents de service ou de maintenance, qui travaillent dans des établissements d'accueil pour personnes âgées, qui ont des doigts en or, et sont capables de s'occuper de plomberie, d'électricité, de peintures, de jardinage. Leur savoir-faire est rarement mis en valeur. Je connais des femmes de ménage qui s'acquittent de leur travail consciencieusement et qui paient de leur personne un métier fatigant et éreintant, si peu reconnu pourtant. J'en connais tant d'autres que l'on balade de contrats aidés en contrats aidés, jetés dans la précarité, l'insécurité perpétuelle.

Serait-il déshonorant de bricoler, de garder des enfants, d'effectuer des travaux de secrétariat, de faire du ménage ?

Dans notre société où l'économie prévaut sur le social, sur l'éducation, sur le bénévolat, tout le monde ne peut pas être président de la République, directeur d'une grande banque,... Chacun devrait pouvoir trouver sa place dans la dignité et vivre décemment.

Au fond, celui qui a fait des études, qui est cultivé, aurait-il plus le droit de travailler que celui qui a arrêté l'école tôt pour apprendre un métier manuel ?

Je ne voudrai pas stigmatiser à mon tour une certaine catégorie de personnes. Je pense que nous devons nous respecter les uns et les autres, accorder autant de valeurs à une personne qui effectue des ménages qu'à celle qui dirige une entreprise.

J'en arrive à ce constat qui pourra sembler éloigné du sujet de ce billet, quoique... : étudier, c'est amasser des connaissances. L'on croit souvent que connaître, c'est comprendre. Cependant, j'ai souvent l'impression que cette culture rend aveugle et sourd à la réalité de ce que vivent au quotidien des hommes et des femmes de valeur.